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Dernière mise à jour : 11/06/2014

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Texte travaillé en atelier d'écriture.

Le collier

- Voilà, ajouta Simone, les yeux pétillants. Je vais enfin la revoir.
Suzanne sourit. C'était la première fois que sa mère lui parlait de cette amie qui habitait à l'autre bout de la terre. Elle en parlait comme d'une sœur jumelle.
- Maman, pourquoi ne m'as-tu jamais parlé d'elle avant ?
Simone posa sa tasse sur la table. Elle regarda sa fille dans les yeux, ses lèvres tremblaient.
- Ton père n'a jamais accepté l'idée que je puisse la revoir, il ne voulait même pas que je prononce son nom. Ca allait au-delà de ce qu'il pouvait comprendre. Il n'a jamais su que j'étais retourné en Argentine pendant son absence pour le salon annuel. C'est ta tante qui t'avait gardée pendant ce temps. Tu t'en souviens ?
Suzanne regarda sa mère avec tendresse.
- Non. J'ai du vivre ça comme des vacances.
Elle écarta doucement la tasse que sa mère faisait tourner entre ses doigts, et lui prit la main.
- Ecoute maman, je ne sais pas comment tu t'es débrouillée pour y retourner, mais tu as bien fait. Et si tu as besoin d'argent pour ce prochain voyage...
Simone serra la main de sa fille.
- Non, Suzanne, c'est gentil mais ce ne sera pas nécessaire. Tout est déjà arrangé.
Sa fille pencha la tête sur le côté et fit une grimace.
- Ne me dis pas que tu as vendu les derniers...
- Quelle importance maintenant ?
Suzanne regarda longuement la main de sa mère et la caressa.
- Tu as raison maman. Tu as mille fois raison. Excuse-moi, je n'ai pas le droit de te juger comme ça.
Simone poussa un long soupir.
- J'aurais tant aimé la revoir plus souvent, et même pouvoir te la présenter. Elle est si merveilleuse, tu ne peux pas imaginer. Je suis sûre que tu l'aurais admiré autant que je l'admire. La dernière fois qu'on s'est revu, il y a quinze ans, je lui avais promis de la revoir plus souvent. Mais je n'ai pas pu. Maintenant que ton père n'est plus là...
Simone lâcha la main de sa fille et sortit un mouchoir de sa poche.
- Elle a fait quelque chose d'extraordinaire pour nous et je lui dois beaucoup, dit-elle avant de se moucher discrètement.
Intriguée, Suzanne se rapprocha de sa mère.
- Pour nous ?
Simone rangea son mouchoir et redonna la main à sa fille.
- Quand je l'ai rencontrée, j'en étais à cinq mois de grossesse et j'étais en pleine forme. Toi aussi d'ailleurs, tu bougeais sans arrêt ! Mais quelques jours avant notre retour en France, je suis tombée malade. Un mal de ventre atroce, et tu ne bougeais plus. J'ai eu très peur pour toi.
Suzanne la regarda intensément et Simone continua.
- Quand elle a vu dans quel état j'étais, elle m'a laissé son collier et m'a demandé de le porter pendant la nuit. Je ne la connaissais que de la veille mais je lui ai fait confiance. Ca avait bien énervé ton père, cette histoire ! Lui, il préférait qu'on s'occupe de ça à la maison. Toujours est-il que le lendemain matin, j'étais de nouveau en pleine forme. Ce sont tes coups de pieds qui m'ont réveillée.
Simone posa sa main sur la joue de sa fille et la caressa tendrement.
- A ce moment, j'ai compris que je n'avais plus aucune raison de m'inquiéter.