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Dernière mise à jour : 14/10/2018
Statut : Terminé (seconde relecture terminée)

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Zoom couverture
Les nouveaux voisins



Synopsis :
Tess tient une boutique de canevas, et vit avec ses enfants et petits enfants. Quand de nouveaux arrivants s'installent dans la maison abandonnée située à côté de la sienne, les deux familles tissent rapidement des liens. Mais bientôt des évènements étranges se produisent, et les habitants du village, qui n'ont pas oublié les drames passés dans la vieille maison, y voient un mauvais présage...

Publication

Publication prévue en 2018  (texte démarré en 2011)
ISBN (livre papier) : 979-10-92039-40-5
ISBN (eBook) : 979-10-92039-41-2

Les nouveaux voisins (5 extraits)

Dans la camionnette garée devant la maison abandonnée, la femme en robe bleue assise côté passager tourna la tête vers l’homme assis à sa gauche. Elle avait des yeux verts qui semblaient sans fond, et les ombres formées par la lumière du réverbère accentuaient la sévérité de son regard.
– Elle s'est endormie, dit-elle.
Le conducteur, les mains crispées sur le volant, acquiesça d'un mouvement de tête. Bien sûr qu’elle s’était endormie, il ne pouvait en être autrement. De sa main droite il fit un geste brusque, comme s’il chassait une mouche qui l’agaçait, et le lampadaire devant le portillon de Tess s’éteignit à son tour. L’homme se tourna ensuite vers le garçon assis à l’arrière du véhicule, et lui dit d’une voix rude.
– On y va. Range tes billes.
Le garçon remua ses fesses engourdies sur la planche en bois qui lui servait de siège, et  s’exécuta, plaçant délicatement dans un petit sac de toile, les billes qu’il manipulait. Son visage était neutre, sans sourire ni grimace, et d’une pâleur extrême. Quand toutes ses billes furent rangées, il tira sur la ficelle qui fermait le sac. Les phares de la camionnette s’éteignirent, et les trois occupants sortirent du véhicule. L’homme ferma doucement sa portière et leva la tête vers la lune cerclée de bleue. Il passa sa main en peigne dans ses longs cheveux.
– Putain d’étoiles, dit-il.
La femme eut un tic nerveux avant de prendre la main de l’homme pour la serrer dans la sienne, tandis que le garçon regardait d’un œil soucieux la maison abandonnée. Une maison qui sentait la mort le troublait toujours, et il espérait que cette fois serait la dernière.
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Avant que les deux touristes égarés ne passent ce jeudi en fin d’après-midi, Tess avait regardé avec une profonde tristesse le plafond de la boutique, avec la peinture qui commençait à s’écailler et ses deux rails d’ampoules qui éclairaient les canevas posés sur les grandes tables. Elle avait imaginé à quoi ressemblerait la boutique une fois abandonnée. Un local vide, silencieux et sans âme, envahi par une poussière humide et poisseuse. Un local noircissant et mourant à petit feu, avec du blanc sur les vitres pour cacher l’horreur, des pubs glissées sous la porte qui moisiraient avec le reste, et des grosses araignées velues qui s’installeraient sans crainte d’être refoulées par un coup de balai.
Assise sur son siège elle avait attendu, se relevant de temps en temps pour déplacer un ou deux canevas de quelques centimètres. Elle avait regardé à plusieurs reprises le vieux poste de radio, celui qui à l’époque diffusait la musique en forme de danse, et qui ne fonctionnait plus depuis qu’elle l’avait déplacé. Elle aurait pu demander à son fils Antoine d’y jeter un œil, il était tout à fait capable de le remettre en état. Mais elle ne voulait pas l’embêter avec ça. A cet instant pourtant, une envie irrésistible l’avait submergé. Celle de voir s’allumer la lumière verte à côté du gros bouton nacré des stations. Le petit tabouret en bois avait refait surface dans sa mémoire. Elle s’était vu grimper dessus, attraper le pinceau que lui tendait son père, et étaler la peinture. Le pinceau allait doucement, comme une feuille tombée de l’arbre qui ne sait quelle direction prendre dans la brise incertaine. Puis le pinceau avait quitté sa pensée, et Tess avait fixé avec regret le poste de radio avec son voyant vert éteint. Jamais plus ce poste ne s’allumerait, et bientôt, recouvert d’une épaisse couche de poussière, on ne le verrait plus. Tess s’était demandé ce qui pourrait bien la rattacher à la vie si elle devait perdre sa boutique. Elle n’avait rien d’autre. Pour conclure, elle avait tenté d’évaluer l’épaisseur de la couche de poussière qu’elle-même deviendrait bientôt.
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L’homme la suivit jusqu’au présentoir des fils de coton.
– Alors, demanda Tess, quel est donc ce canevas que vous avez choisi pour vous ? Je ne l’ai même pas vu...
Le client déroula son canevas et le tendit à Tess, qui sous l’effet de surprise recula.
– Il y a un problème ? demanda l’homme étonné par sa réaction.
– Non, dit Tess fortement émue. Je ne pensais pas que ce canevas était là, c’est tout.
Sa voix tremblait.
– Mon père l’a fait quand j’étais enfant. A l’époque, il essayait tant de choses… Excusez-moi, je…
Tess posa son doigt sur les petits rectangles colorés alignés sur le côté gauche du canevas, et prit une à une les échevettes correspondantes. Elle avait du mal à empêcher ses mains de trembler.
– Et voilà, dit-elle en se forçant à sourire, vous avez tout ce qu’il faut.
L’homme suivit Tess à la caisse, regrettant que l’affaire soit si vite réglée. Cette femme était vraiment intéressante, à plus d’un titre. Il avait très envie de parler un peu avec elle. Mais maintenant qu’il avait ses canevas, il n’avait plus de raison de rester.
– Vous voulez un emballage cadeau ? demanda-t-elle.
– Non, merci. J’ai déjà assez abusé de votre temps.
Quel idiot. Encore une fois il avait parlé sans réfléchir, et il regrettait amèrement sa réponse.
– Comme vous voulez, dit Tess encore plus déçue que lui.
Il n’était même pas dix-huit heures trente. Elle n’était pas pressée, et aurait bien aimé qu’il abuse encore de son temps.
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Au moment où Tess et Harry étaient entrés dans la boutique de canevas, Marthe se trouvait précisément à l'angle de la rue d'où on pouvait voir la vitrine. Celle qui aimait qu’on l’écoute était toujours à l’affût d’événements nouveaux propres à alimenter des discussions charmantes, et elle avait flairé le gros lot. En temps normal, la boutique était fermée le samedi, ce qui était complètement idiot et anti-commercial, tout le monde le savait. Pourquoi ouvrait-elle ce jour-là ? Et qui était cet homme ? Il n’avait pas la tête d’un client ordinaire. Marthe avait une bonne paire d’yeux et ne pouvait se contenter d’hypothèse. Elle avait stoppé sa marche, justifiant sa pause par quelques regards en direction du trottoir, à la recherche d’un imaginaire objet perdu. Elle avait vu le store se lever puis se refermer quelque minutes plus tard, et en avait tiré la conclusion qui s’imposait. La boutique de canevas qui normalement était fermée le samedi avait été ouverte ce jour-là dans un but inavouable. Ce n’était pas acceptable.
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Marthe se sentait terriblement incomprise. Les quatre femmes qu’elle avait convoquées dans l’ancien bureau de poste la regardaient, incrédules. Elle tapa du poing sur la table.
– Puisque je vous dis qu’ils m’ont attaqué ! Une armée de pigeons !
Les femmes se regardèrent entre elles. Elles n’avaient accepté de venir que parce que Marthe avait réussi à les convaincre. Furieuse, celle qui prenait dès ce jour la direction des opérations plissa les yeux.
– Je suis sûre maintenant que ce bonhomme au chapeau bizarre est en lien direct avec les étrangers de la maison hantée. Les pigeons m’ont tiré dessus juste au moment où il s’est éloigné, ça ne peut pas être une coïncidence. Nous devons agir !
– Comment ça, agir ? demanda une des commères.
Marthe, les yeux haineux, se pencha sur la table.
– Ces étrangers se sont installés sans nous consulter, et ils se moquent de nous. S’ils croient avoir trouvé le petit village de leur rêve, ils se trompent. J’ai quelques idées pour les dissuader de rester, mais pour ça j’ai besoin de votre aide. On va leur faire passer le goût d’enquiquiner les autres.
Marthe aurait presque bavé, tant sa haine avait enflé.
– Ces étrangers de malheur vont repartir avant la rentrée scolaire. Je vous le garantis.
...

Avertissement

Illustration sous copyright Rémy Mallard.
Ce texte a fait l'objet d'un dépôt de paternité auprès de l'INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) et auprès de CopyrightFrance.

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